Petit Lexique

advaita : « non-dualité ». Qu’est-ce qui n’est « pas deux » ? Le Soi et le Seigneur d’une part, et le pur et l’impur, de l’autre. Il existe plusieurs philosophies basées sur la non-dualité, principalement celles d’Abhinavagupta et du Vedānta. Pour Abhinavagupta, la non-dualité n’est pas l’exclusion de la dualité, mais sa réconciliation pratique avec l’unité du Soi. Ou plutôt, la conscience en sa plénitude est la synthèse des deux aspects du Soi que sont l'unité et la dualité.
āgama : « ce qui est venu », à savoir la révélation contenue dans les tantras de Śiva. Désigne plus généralement tout corpus religieux prétendant à une origine surnaturelle.
aham : « je », essence de l’être. Désigne la parfaite conscience de soi, la Puissance suprême du Seigneur.
ānanda : la « félicité », l’ivresse émerveillée que le Seigneur éprouve en s’explorant à travers les individualités.
apoha : néantisation d’une partie du Soi pour mettre en avant tel ou tel aspect.
ātman : le Soi, essence de tout.
Bhagavadgītā : le « Chant du Bienheureux », enseignement du divin Kṛṣṇa au guerrier Arjuna sur le champs de la grande bataille du Mahābhārata. Texte aujourd’hui le plus célèbre de l’hindouisme. Abhinavagupta en a proposé une interprétation tantrique.
Bhairava : « l’Effroyable », forme terrible du Seigneur qui révèle les tantras du śivaïsme ésotérique. Chez Abhinavagupta, nom de la synthèse ultime de la dualité et de l’unité.
Bhairavī : forme terrible de la Déesse, personnification de la conscience.
bhakti : amour, dévotion, communion avec le Seigneur. Chez Abhinavagupta, Puissance du Seigneur, Déesse, Vie, dynamisme du vivant tendu vers son essence, conscience.
Bhartṛhari : philosophe non-dualiste (c. 600) pour qui la Parole est le plus grand pouvoir dans l’univers.
brahman : « l’Immense ». Terme ancien. Dans la littérature classique, désigne l’absolu. Chez Abhinavagupta, désigne aussi la conscience, la félicité (ānanda), ce qui engendre la félicité (le vin, la viande) et ce qui est engendré dans et par cette félicité (à savoir la semence, le monde et les êtres).
brahmane : membre de la caste la plus haute selon le brahmanisme. Spécialiste de la Parole sous toutes ses formes. Abhinavagupta était un brahmane, comme la quasi-totalité des auteurs de l’Inde.
brahmanisme : doctrine qui précède et accompagne le tantrisme jusqu’à nos jours, selon laquelle les brahmanes doivent être vénérés au sommet de la hiérarchie des castes. Fondé sur l’opposition entre pur et impur (les cadavres, la mort et tout ce qui vient du corps).
cakra : 1) Groupe de divinités, souvent féminines (yoginīs), objet d’un hommage en série au cours d’une séquence rituelle. 2) centre du corps subtil où résident ces divinités.
cit : le Soi en tant que Manifestation ou Apparaître.
citta : 1) le cœur, siège des émotions. 2) dans le śivaïsme, ensemble des facultés sensibles et mentales, plus les impressions laissées par les actes passés. Synonyme d’âme.
Commentaire au tantra de la déesse Suprême : (Parātrīśikāvivaraa) interprétation d’un tantra du Trika par Abhinavagupta. Sans doute son œuvre la plus difficile.
Dakṣināmūrti : forme paisible du Seigneur, assis sous un arbre. Très populaire aujourd’hui dans le Sud. Certains ont considéré Abhinavagupta comme incarnant (mūrti) cette forme du Seigneur.
Dharmakīrti : l’un des plus grands philosophes bouddhistes (c. 650). Spécialiste des questions d’épistémologie. Il est l’adversaire principal dans les Stances pour la Reconnaissance.
Grande Méditation sur les Stances : (Bṛhatīvimarśinī) Commentaire d’Abhinavagupta à un auto-commentaire des Stances pour la Reconnaissance, la Vivṛti. C’est l’œuvre la plus longue d’Abhinavagupta, peut-être la dernière qu’il ait composée. C’est en outre l’exposé le plus détaillé de la philosophie de la Reconnaissance.
guṇa : « qualité », « mode », état de la Nature (prakti) dans la philosophie ancienne du Sāṃkhya. Il y en a trois : sattva, rajas et tamas. Par la suite, ce schéma a été repris dans le tantrisme pour décrire toutes sortes de phénomènes de manière nuancée, en particulier les états psychologiques.
icchā : le désir. Puissance qui est à l’origine de toute connaissance (jñāna) comme de toute action (kriyā).
Īśvara : le Seigneur. Terme à forte connotation théiste et śivaïte. Met l’accent sur le fait que le Soi est Dieu, et nom une abstraction.
jīvanmukti : « libération dès cette vie », par opposition à la délivrance obtenue au moment de la mort.
jñāna : 1) connaissance d’une chose ; 2) gnose, savoir qui sauve du sasāra et libère ; 3) n’importe quel événement mental ou cognition ; 4) perception ; 5) omniscience ; 6) l’une des cinq Puissances du Seigneur.
Kālī : La conscience comme Temps qui engendre la dualité, la dévore et l’assimile à soi. Divinité principale du panthéon du Krama.
kaliyuga : « Âge du malheur », période sombre (fin de l’ordre des castes…) qui est la notre selon le brahmanisme, dans le cadre d’un cycle de quatre « Âges » repris par le tantrisme. Fondé sur l’idée que rien ne peut progresser. La perfection est toujours derrière nous. Tout changement est une décadence. Popularisé en Occident par R. Guénon.
Kālkin : dernier avatar de Viṣṇou, censé venir exterminer les barbares, en particulier les envahisseurs musulmans.
Kāpālika : « porteur de crâne ». Mouvance śivaïte véhiculée par les ancêtres des sādhus. C’est dans leur milieu excentrique, mais dont l’impact fut immense, que s’est élaboré le śivaïsme ésotérique dont hérite Abhinavagupta.
karman : conséquence inéluctable, bonne ou mauvaise, des actes commis dans le passé. Pour Abhinavagupta, ce n’est qu’une croyance.
Kaula : tradition ésotérique aux mille visages, centrée sur le corps et la sexualité.
kaula : « style » de pratique tantrique mettant l’accent sur l’intensité du vécu, sur la beauté et la (relative) simplicité des rituels.
Krama : tradition la plus secrète selon Abhinavagupta et d’autres, qui la situent au sommet de l’édifice de la révélation śivaïte. Système très original, d’emblée non-dualiste.
kriyā : action, divine ou profane.
Kṛṣṇa : avatar de Viṣṇu. Selon Abhinavagupta et la tradition Krama, incarnation de la déesse Kālī.
Kṣemarāja : cousin et l’un des principaux disciples d’Abhinavagupta. A laissé de nombreux commentaires devenus populaires.
Kṣemendra : poète et dramaturge à tendance moralisatrice. Se moque des milieux tantriques dans le Cachemire du VIIIème siècle.
kuṇḍaliṇī : la Déesse, synonyme de la conscience comme Parole et Vie.
liṅga : « signe » du Seigneur ; la félicité ; le Soi ; emblème phallique qui sert de support au culte quotidien.
Lumière des tantras : (Tantrāloka) censé être un manuel pour la tradition du Trika, c’est en réalité une vaste synthèse de l’enseignement d’Abhinavagupta. Il en existe une version abrégée (L’Essence des tantras, Tantrasāra) et une version extrêmement abrégée (La graine du grand arbre des tantras, Tantravaṭadhānikā).
Mahāyāna : « le véhicule universel », forme du bouddhisme qui apparaît vers le début de notre ère. Immensément fécond, avec notamment un système philosophique idéaliste selon lequel tout expérience est le résultat de l’activité d’un esprit se divisant en sujet et objet sans en avoir conscience, comme dans un rêve (vijñānavāda). Influence profonde sur le śivaïsme non-dualiste, en particulier le Krama.
mala : « impureté », « souillure ». Dans le śivaïsme dualiste, ce sont des substances subtiles qui empêchent l’âme de jouir de ses pouvoirs divins. Dans le śivaïsme non-dualisme, auto-contraction librement assumée par le Seigneur qui joue à se prendre pour des individus limités. Seule la grâce peut éradiquer ces souillures.
maṇḍala : palais dans lequel siègent les divinités du panthéon vénéré. Souvent visualisé dans le corps de l’adepte, peint sur un tissu ou tracé à la poudre sur le sol.
mantra : 1) formule qui permet de mettre en œuvre l’une des Puissances du Seigneur ; 2) partie du corps divin du Seigneur ; 3) divinité.
māyā : 1) « magie » ; 2) dans le Vedānta, désigne l’illusion cosmique dont tous les êtres sont victimes sans même en avoir conscience 3) dans le śivaïsme dualiste, désigne la matière ; 4) chez Abhinavagupta, pouvoir du Seigneur de se tromper librement lui-même. Souvent écrit avec une majuscule ; 5) avec une minuscule, désigne la croyance en une réalité extérieure étrangère au sujet qui la perçoit.
Méditation sur les Stances (Laghvīvimarśinī) : principal commentaire, par Abhinavagupta, des Stances pour la Reconnaissance composées par Utpaladeva. Texte le plus populaire sur la philosophie de la Reconnaissance.
mudrā : 1) geste rituel, posture ; 2) attitude intérieure (mais souvent avec quelques caractéristiques corporelles pour s’y installer) ; 3) partenaire féminine dans les rituels d’union sexuelle.
Nāgārjuna : philosophe bouddhiste le plus illustre. Deux grandes thèses : 1) rien n’existe par soi ; 2) aucun concept ne tient la route. Souvent incompris par les Hindous qui le prennent pour un nihiliste partisan du « vide ».
Nāṭyaśāstra : « traité sur les arts de la scène », « cinquième Veda », texte de base pour la musique, le théâtre, la danse et l’esthétique. Commenté par Abhinavagupta.
nirvāṇa : « extinction » (des souffrances). Terme d’origine bouddhique. Dans le śivaïsme comme dans toutes les religions de l’Inde médiévale, synonyme de délivrance hors du saṃsāra, souvent dans une sorte de paradis.
nirvikalpa : « sans construction mentale », conscience sans dichotomie, silence des mots à l’intérieur comme à l’extérieur. Chez Abhinavagupta, peut s’appliquer à une émotion, en particulier à un élan d’amour vers le Soi-Seigneur.
Nyāya : tradition brahmaniste des « Logiciens ». Principaux adversaires des Bouddhistes à propos de l’existence de Dieu (que les Bouddhistes se sont toujours acharnés à réfuter, même en contexte tantrique). Origine śivaïte. A formulé les règles communes du débat philosophique en Inde.
Pāṇini : (c. 300 av. J.-C.) fondateur de la grammaire sanskrite.
Parā : la déesse Suprême dans le panthéon du Trika. Parfois adorée seule. Symbolise la conscience parfaite.
parāmarśa : prise de conscience attentive, ardente, parfois amoureuse. Etreinte du divin corps et âme.
Parameśvara ; « le Seigneur suprême ». Epithète du Seigneur pour souligner qu’il surpasse toute autre forme de pouvoir.
Patañjali : auteur du plus célèbre traité de grammaire sanskrite. Abhinavagupta a été considéré comme une réincarnation - quoi que cela veuille dire dans ce contexte - de ce prestigieux personnage.
prakāśa : « lumière », « illumination », « apparaître », « manifestation », « présentation », « présence », « donation », etc. Terme essentiel chez Abhinavagupta, synonyme de Soi et de Seigneur.
prakṛti : « nature ». Terme ancien, repris par le śivaïsme. Chez Abhinavagupta, désigne le Soi en tant qu’il se prend lui-même comme matériau de création.
prāṇa : 1) souffle en général, synonyme de vie et d’activité organique ; 2) expiration.
pratyabhijñā : « reconnaissance ». Acte de faire le lien entre ce que nous expérimentons ici et maintenant, et le Seigneur omniscient et omnipotent. C’est la synthèse d’une perception directe (soi-même) et d’une inférence (« Voici les attributs mêmes du Seigneur ! »). Elle résulte de la grâce divine et d’une étude systématique des arguments exposés par Utpaladeva dans ses Stances pour la Reconnaissance.
purāṇa : traités encyclopédiques, brahmanistes dans leur orientation général, mais qui conservent souvent de long extraits de tantras śivaïtes.
pūrṇa : « plein », « complet », « parfait ».
puruṣa : « personnage », « homme (noble) », « esprit ». Désigne dans le Sāmkhya la pure conscience passive face à la Nature. Dans le śivaïsme, il s’agit du Soi une fois individualisé, déjà oublieux de sa libre nature.
śakti : « puissance », « pouvoir », la Déesse, la manière dont le Seigneur se désir, se connaît et se crée.
śaktipāta : « chute de la Puissance ». La grâce.
samaya : « promesse ». Règles auxquelles doit se soumettre l’initié tantrique sous peine de graves conséquences.
Śaṃbhunātha : maître principal d’Abhinavagupta.
Sāṃkhya : philosophie ancienne, basée sur l’opposition entre les pures consciences immobiles et la Nature aveugle mais dynamique.
saṃsāra : le cycle sans commencement (mais pas sans cause) des morts et des réincarnations. Le devenir douloureux.
saṃskāra : 1) prédisposition à telle action ou telle connaissance. Acquise par répétition, souvent héritée des vies antérieures ; 2) entraînement, éducation ; 3) rituels à cet effet.
Śaṅkara : (c. 750) le plus célèbre philosophe du Vedānta. Abhinavagupta ne semble pas en avoir entendu parler.
siddha : « parfait ». 1) nom donné aux adeptes ayant atteint le terme d’une pratique tantrique, quelque soit celle-ci (libération ou pouvoir surnaturel) ; 2) ces êtres, comme les yoginīs, peuvent apparaître sous certaines conditions et accorder des dons surnaturels.
Siddhānta : système philosophique du śivaïsme dualiste. A coexisté au Cachemire avec le śivaïsme non-dualiste ésotérique.
siddhi : 1) pouvoir surnaturel acquis ; 2) démonstration rationnelle ; 3) existence, présence, en particulier le Soi en tant que condition de possibilité de tous les phénomènes.
Śiva : « le Bon ». Le Seigneur.
śivaïsme : ensemble des systèmes religieux réputés révélés par le Seigneur.
Somānanda : (c. 900) maître d’Utpaladeva.
spanda : « vibration ». Désigne la conscience en tant que pouvoir de changer tout en restant soi-même.
Śrīkaṇṭha : manifestation du Seigneur. Abhinavagupta est censé en être l’incarnation.
Śrīnagara : capitale du Cachemire.
Stances pour la reconnaissance du Seigneur : (Īśvarapratyabhijñākārikā) texte fondateur de la philosophie de la Reconnaissance, composé par Utpaladeva avec un bref auto-commentaire.
Svātantrya : « liberté », « autonomie », « indépendance », « pouvoir souverain ». Synonyme de conscience, selon Abhinavagupta. Caractéristique la plus importante du Soi.
tantra : à la fois texte et textile. Livre en général. En vient à désigner les livres de la révélation śivaïte, souvent objets de culte.
tattva : «  catégorie », « principe », « élément » constitutif de la réalité. Selon le śivaïsme, il y en a trente-six, depuis l’élément « Terre » jusqu’à Śiva.
Trika : la tradition « triadique », axée sur le culte des yoginīs innombrables rassemblées en trois catégories personnifiées par trois déesses. Chez Abhinavagupta, cette triade désigne en outre toutes sortes de triades métaphysiques, psychologiques, mystiques, etc.
Upaniṣad : textes anciens formant la « fin du Veda » (vedānta) portant sur l’identité du Soi et de l’absolu (brahman).
upāya : « méthode », « moyen ».
Utpaladeva : (c. 925) formulateur de la philosophie de la Reconnaissance et grand mystique.
Veda : « le savoir », nom donné à un corpus de textes anciens transmis oralement, revendiqués par les brahmanistes et par les néo-hindouistes. Le śivaïsme se veut supérieur au Veda.
Vedānta : « partie finale du Veda », les Upaniṣads et la doctrine de Śaṅkara fondé sur elles.
vidyā : 1) pouvoir de connaître en tant que ce pouvoir est limité ; 2) attachement à un savoir limité ; 3) savoir qui mène à la Reconnaissance ; 4) mantra d’une divinité féminine ; 5) divinité féminine, yoginī.
vikalpa : construction mentale qui se pose en opposant deux aspects de la totalité. A la fois mental et émotionnel.
vimarśa : « conscience », « acte de conscience », « ressaisissement », « représentation », « retour vers soi », « pensée », « jugement », etc. Terme essentiel chez Abhinavagupta, désigne l’essence de l’essence, le cœur de tout.
vīṇā : instrument à corde, sacré et inventé par le Seigneur.
viṣnouïsme : ensemble des religions révélées par Viṣṇou. Religion la plus importante après le śivaïsme et le bouddhisme.
Vyāsa : auteur légendaire du Mahābhārata et d’autres textes fondateurs du brahmanisme.
yoga : 1) Chez Patañjali « arrêt des activités mentales » et vitales ; 2) dans le śivaïsme, union avec le Seigneur.
Yogasūtra : très célèbre texte de Patañjali sur le yoga.
yogin : pratiquant du yoga.
yoginī : 1) pratiquante du yoga ; 2) sorte de fée ambivalente ; 3) adepte accomplie du śivaïsme ésotérique, source de pouvoirs surnaturels ; 4) femme par laquelle s’exprime une yoginī au sens 3) lors d’un rituel destiné à cela.
Yoni : matrice, vagin, synonyme de Māyā.



 

Traductions et nouveautés

Textes traduits du sanskrit

  • Le Jeu de la manifestation consciente
  • L'Exorde au tantra de la Suprême, souveraine des trois Puissances
  • Dix stances sur l'âme identique à Shiva
  • La Liberté de la conscience
  • Le grand Arcane des Parfaits
  • La Lumière des tantras (VI-VII)
  • L'Essence des tantras (VI-VII)
  • La Méditation sur les stances pour la Reconnaissance (II, 1)

Publications

  • Les stances pour la reconnaissance du Seigneur
  • Le Coeur de la Reconnaissance
  • Le profane comme accès au sacré chez Abhinavagupta
  • Abhinavagupta et la liberté de la conscience
 

 

Nouvelle publication

Abhinavagupta et la liberté de la conscience
A paru aux éditions Almora en mars 2010. 

 

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Musique et Tantra

sarasvati belur