Le Shivaïsme du Cachemire
 
 
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Texte traduit du sanskrit n°02

Voici un petit texte composé par Kshemarâja, cousin et principal disciple d'Abhinavagupta. Il était sans doute destiné à présenter aux débutants l'enseignement donné par le maître sur le Tantra de la Suprême souveraine des Trois [Puissances] (Parâtrîshikâ Tantra), un court tantra de seulement 36 strophes. Abhinavagupta a interpété ce texte, avant tout occupé de rituels, à travers la philosohie de la Reconnaissance. Son exégèse est extrêmement brillante, mais difficile d'accès. Ce faisant, il offre un remarquable exemple de la manière dont les philosophes de la Reconnaissance ont réinterprêté des textes traditionnels dans un sens symbolique : les images constituant la liturgie sont autant de symboles de notre véritable identité divine.

Le texte d'origine enseigne le culte de la déesse "Suprême" (parâ) qui domine le panthéon de la tradition de la "Triade" (trika ), lui-même constitué de trois déesses censées régner sur tout ce qui est. Selon Abhinavagupta, dont l'enseignement est ici résumé, la déesse Suprême est la Déesse, c'est-à-dire la personnification de la connaissance parfaite. Ainsi, ce rituel renforce l'adepte dans la conviction qu'il possède la parfaite connaissance qui n'est autre que la connaissance de sa véritable identité : le Seigneur omniscient et omnipotent. De sorte que le rituel tantrique, à l'origine surtout préoccupé de la conquête des pouvoirs surnaturels, devient la mise en scène d'une réflexion métaphysique.

Les notes, ici partiellement traduites, ont été composées, également en sanskrit, par le savant cachemirien qui a édité le texte.

                                        

                            Hommage au principe du monde, ®iva !

                                                       voici

            L'exorde au Tantra de la Suprême [souveraine des Trois Puissances],

                 composé par  le grand seigneur et excellent maître, Kemarâja.

                      

Nous célébrons la conscience, 

Coeur du seigneur suprême, irradiant

sous la forme des Puissances - à commencer par la Suprême -

qui animent ce monde et le transcendent.

                                    _____________

            En ce monde-ci, en vérité, le Seigneur suprême est Manifestation, et[1] la Manifestation est essentiellement Représentation. En réalité, la Représentation[2] est l'apparition du « Je » véritable en tant que formation, mise en lumière et résorption de l'univers. Si[3] le [Seigneur] était dépourvu de Représentation il s'en suivrait qu'il serait privé de souveraineté et inerte [comme la matière]. Et c'est cette même Représentation qui est proclamée dans les textes de la tradition[4] sous les termes de Conscience, Conscience dynamique, parole Suprême apparue spontanément, Autonomie,  excellente souveraineté du Soi ultime, libre Activité, Irradiation, Essence, Coeur, Vibration etc. En conséquence[5], c'est lui le principe réel, le « Je » véritable, le Seigneur suprême se manifestant par soi, qui par sa Puissance de souveraineté suprême manifeste et met en lumière le monde, de ®iva jusqu'à [l'élément] Terre. Lui seul[6] est la capacité d'agir et la sensibilité [des choses et des êtres] de ce monde[7]. De même, cet univers en tant qu'il est un effet, est une manifestation subordonnée à sa [Manifestation]. Ainsi constitué, ce monde est inséparable du créateur, le grand Seigneur en forme de Manifestation. Si le connaissable était séparé[8], il ne serait absolument rien, car il serait séparé de la Manifestation en ce sens qu'il ne serait pas actuellement manifeste. Et l'essence manifestatrice de ce Seigneur n'est jamais occultée par ce monde[9]. Comment ce monde actuellement manifeste pourrait-il occulter le Soi, alors qu'il est fondé par sa Manifestation et animé par lui ? Et lui ayant fait obstacle, en quel sens lui-même existerait-il ? Et par conséquent[10], la vraie nature du [monde] est l'essence du sujet conscient, [c'est-à-dire le Seigneur lui-même] qui prouve et réfute [sa propre existence]. C'est lui qui rend possible les jugements synthétiques que sont les raisonnements du type : « Ceci est une preuve, cela est une contre-preuve » au sujet de cette réalité. On doit inférer la vraie nature du réel en se posant la question « Qu'est-ce qui peut faire connaître sa vraie nature ? Qu'est-ce qui peut faire connaître pareille essence ?» Et ainsi, le fait que le grand Seigneur établi avant [toutes les choses de ce monde] est évident par soi en tant qu'essence du questionneur, est établi par notre propre expérience. En outre[11]c'est en s'appuyant sur le moyen de connaissance [qu'est l'intuition sensible] que ce moyen de connaissance [qu'est l'inférence] devient valide. Or, les objets perçus directement, tels que sentiments, perceptions, sensations et corps, sont subordonnés à - et transcendés par - l'essence du sujet connaissant toujours actuellement manifesté, lieu de repos de toutes ces cognitions. Pour le prouver, quelle peut-être l'utilité[12] de ces moyens de connaissance qui ne servent qu'à manifester des objets jamais vu [alors que le Seigneur est toujours déjà-là] ?

Et ainsi, la prolifération [des choses de ce monde analysée] en trente-six catégories, parce qu'elle a pour essence la Représentation transcendante « Je » en sa plénitude, « consistant en la totalité des sons »[13],  n'est autre que le suprême ®iva. Et les trente-six catégories[14] sont :1 ®iva 2 la Puissance 3 l'Eternel ®iva 4 le Seigneur 5 la Pure Science 6 l'Illusion 7 Activité limitée 8 Science limitée 9 Désir limité 10 le Temps 11 la Causalité 12 la Personne 13 la Nature 14 l'Intellect 15 l'Ego 16 le Sens Commun 17 l'Ouie 18 le Toucher 19 la Vue 20 la Langue 21 l'Olfaction 22 la Parole 23 la Main 24 le Pied 25 l'Anus 26 le Sexe 27 le Son 28 le Contact 29 la Forme 30 la Saveur 31 l'Odeur 32 l'Espace 33 l'Air 34 le Feu 35 l'Eau 36 la Terre.

            [Voici] maintenant leurs caractéristiques. Ici en vérité la catégorie « ®iva » n'est autre que le suprême ®iva[15] ayant pour nature propre une pure et parfaite béatitude, faite [des Puissances] de Désirer, de Connaître et d'Agir. Du fait que ce Désir est libre d'entrave, la catégorie de la « Puissance »[16] de Désirer n'est autre que la Vibration initiale du Seigneur suprême assumant le désir de créer le monde. La catégorie de « l'Eternel ®iva »[17] existe sous la forme de ce monde sur le point d'apparaître et recouvert par le « Je », son propre Soi. La catégorie du « Seigneur »[18] est [le moment où] le monde étant apparu, il est cependant [encore] recouvert par le « Je ». La « Pure Science » est la compréhension de l'unité du « Je » et du « Cela ». L' « Illusion » est la manifestation d'une séparation des choses [entre-elles] et d'avec leur essence. Lorsque le suprême ®iva occulte sa propre essence par sa Puissance d'Illusion [autrement dit] par sa [Puissance] de Seigneur suprême, il jouit de la condition de sujet contracté. On le désigne alors par le terme « Personne ». Lui seul est le sujet transmigrant, égaré par l'Illusion et lié par les actes [et leurs conséquences « bonnes » ou « mauvaises »]. Bien qu'il soit inséparable du suprême ®iva, son égarement n'est pas celui du suprême ®iva. Cela est semblable au tour de magie du magicien dont l'égarement [apparent est en réalité] produit volontairement. Mais celui qui atteint la souveraineté par cette reconnaissance [qu'il est lui-même le Seigneur doué des Puissances d'Agir et de Connaître en quoi consiste la] « Science », celui-là est libéré : il n'est autre que le suprême ®iva, Conscience homogène et indivise. Son omnipotence, son omniscience, sa plénitude, son éternité et son omniprésence, bien qu'étant les Puissances non-contractées, deviennent à travers l'assomption de la contraction [les cinq catégories suivantes]: Activité limitée, Science limitée, Désir limité, Temps et Causalité . Là, ce qu'on nomme « Activité limitée » est la cause de la restriction de la libre Activité chez la « Personne ». La « Science limitée » est la cause d'une capacité de connaissance partielle. Le « Désir limité » est l'attachement aux objets des sens. Le « Temps » c'est ce processus qui se résume aux présences et aux absences des choses. La « Causalité » est cause des restrictions du genre "Je dois faire cela. Je ne dois pas faire ceci". On dit que ces cinq [catégories] sont sa "cuirasse" du fait qu'elles le destituent de sa véritable essence. La cause générique des catégories allant de « l'Intellect » à l'[élément] « Terre » est la « Nature ». Et celle-ci a pour forme indifférenciée l'état où les [trois qualités] « Légèreté, Agitation et Inertie » sont indifférenciées. L' « Intellect » forme des jugements sur les constructions mentales et il les « reflète » [comme un miroir]. L' « Ego » en vérité est ce qui produit les appropriations du genre "Cela est à moi. Ceci n'est pas à moi". Le « Sens Commun » est ce qui produit les images mentales. Ces trois forment l' « Organe Interne ». Les cinq organes de connaissance - le nez, la langue, l'oil, la peau et l'oreille - produisent une saisie graduelle des objets des [cinq] sens : odeur, saveur, forme, contact et son. Les cinq organes d'action - parole, main, pied, anus et sexe - produisent respectivement une activité consistant en : élocution, don, déplacement, excrétion et volupté. Les cinq éléments subtils sont : le son, le contact,  la couleur, la saveur et l'odeur en leur forme générale. L'Espace est ce qui donne lieu [aux quatre autres éléments]. Le Vent est ce qui anime. Le Feu est ce qui brûle et cuit. L'Eau est ce qui fait croître. La Terre est ce qui porte.

           

            De même que le grand arbre

            Existe en puissance dans la graine du banian,

            De même ce monde mobile et immobile

            Existe dans le Germe du Coeur.

 

            Selon cette analogie traditionnelle, le monde existe à l'intérieur [du Seigneur suprême], dans le « Germe du Coeur » ayant pour nature la Suprême souveraine. Comment ? De même que l'argile est la forme ultime des cruches, plats etc. qui sont des transformations de l'argile ; ou bien de même que, par l'examen de [divers] genres de substances telles que l'eau, etc, il ne demeure comme forme établie que ce qu'il y a de commun à l'eau etc, [à savoir la liquidité], de même, en examinant diligemment le principe réel des catégories allant de l'élément Terre à l'Illusion, il ne restera qu'"être". Considérant la consonne de la racine de ce mot (sat) en laissant les voyelles, seul reste "sa", qui est la Nature, à l'intérieure de laquelle se trouve ces trente-et-une catégories. Ensuite, du fait de la différenciation de la Puissance, les catégories de la Pure Science, du Seigneur et de l'Eternel ®iva qui ont pour essence Connaissance et Activité, demeurent à l'intérieur [de ®iva], en "au", qui consiste en la Puissance du Sans-égal. Après cela, l'expiration " ha " est la forme de l'Emanation supérieure et inférieure. Parce qu'il est lieu d'existence et de repos [de toutes les catégories], l'essence de ce Germe du Coeur [sauh, prononcé "saouhou"] ainsi constitué n'est autre que le suprême ®iva, le grand Mantra qui constitue ce monde et le transcende.

            Celui qui connaît véritablement et s'absorbe complètement en un tel Germe du Coeur est initié selon le sens ultime [de l'initiation] ; demeurant en vie, se conduisant comme tout le monde, il est pourtant libéré dès cette vie. A la disparition du corps, il devient le Seigneur lui-même, le suprême ®iva.

                                                ___________________

                       

Ainsi s'achève l'Exorde au Tantra de la Suprême [souveraine des Trois Puissances] ,oeuvre du maître Kemarâja. 

                                                                                                                                                             



[1] Il ajoute « et la manifestation [est essentiellement représentation] » en réponse à l'objection suivante : si l'on dit que le seigneur suprême est essentiellement manifestation, n'est-il pas alors semblable à la pure conscience des partisans d'un absolu « au repos » ?

[2] La représentation elle-même est double selon qu'elle est limité ou illimitée. Ici, l'auteur n'emploie pas ce terme au sens de représentation limitée propre aux « expérimentateurs du vide » etc., consistant en une fragmentation de la manifestation [illimitée] qu'est la conscience.. Et cette représentation [illimitée] n'est autre que l'expérience du « je » en sa plénitude : « je façonne cet univers (création), je le manifeste (subsistance) et je l'identifie à moi (résorption) ».

[3] De même que la lumière du soleil est privée de représentation [d'elle-même], n' étant pas autonome et se retrouvant de ce fait du côté de l'objet inerte puisqu'elle dépend d'une autre [ « lumière », celle de la conscience d'un observateur pour être manifeste], de même cette manifestation qu'est la conscience subirait le même sort si elle était privé de la représentation [d'elle-même].

[4] Dans la doctrine enseignée par ®iva l'importance de la représentation est soulignée dans chaque révélation. C'est elle qui est mentionnée dans le langage propre à chaque révélation.

C'est ainsi que « conscience dynamique » suggère la représentation elle-même, l'essence su soi.

D'autre termes décrivent ses attributs, tels que « Parole Suprême spontanément présente». La  parole « prononce » le monde en se le représentant. Elle est « suprême » en raison de sa plénitude et parce ce qu'elle constitue le fond de toutes les autres représentations. C'est donc parce qu'elle est toujours [déjà] présente sous la forme du « je » - conscience parfaitement homogène car rien ne peut lui faire obstacle - qu'elle est « spontanément présente ».

« Autonomie » signifie [que la conscience] est différente de ce qui est inerte car elle possède les caractéristiques suivantes : elle est indépendante car elle unifie et multiplie par elle-même [les objets] . Elle unifie en elle-même les objets qu'elle a extériorisé, puis les multiplie à nouveau et se joue/s'humilie dans la condition propre aux expérimentateurs du vide etc.

« Souveraineté » car elle ne dépend de rien pour créer le monde. Elle n'est contrainte par aucune nécessité, au contraire de dieux comme Brahma, qui n'ont le pouvoir d'engendrer la matière que par la puissance du désir d'un autre [à savoir la conscience].

« Libre activité » : cette libre activité est l'éclosion/venue au jour des objets, de ®iva à l'élément terre, tout comme un yogi peut créer [des objets par la puissance de son seul désir]. Et cela en une relation causale qui n'a rien de commun avec celles de ce monde, dans la mesure où [tout apparaît] identique à et à l'intérieur de sa manifestation.

« Apparition scintillante » désigne la contemplation de ma fulguration, puisque tout est relatif à elle : « C'est donc moi qui fulgure ! L'erreur qui consiste à penser que ...

« Essence » désigne l'essence sans défaut qui n'est autre que la puissance de représentation du seigneur suprême.

« Coeur » car elle est le lieu ou se tient le monde/ condition de possibilité de toutes choses.

« Vibration » désigne cette apparence de mouvement dans la manifestation de la Conscience immuable, dans la mesure où elle fait apparaître le monde séparément [d'elle-même] au moment même où il n'en est pas séparé.

[5] « En conséquence » En ajoutant cela, l'auteur résume les caractéristiques de la puissance de représentation : du fait même de la grandeur de la puissance de représentation, le seigneur suprême se manifeste de lui-même  comme ce déploiement varié qu'est le monde. Cela suggère que [pour les êtres ordinaires] cette libre activité n'est pas reconnue parce que censurée par des représentations incomplètes au sujet du monde créé par une cause différente commençant par l'illusion, la nature etc...

[6] « Lui seul » Il veut dire que cette capacité d'agir n'est ultimement parlant que la vibration du suprême Seigneur comme univers, de même que la sensibilité de ce monde actuellement manifeste n'est que son scintillement.

[7] Il dit « de ce monde » en réponse à l'objection suivante : « En quel sens dit-on du monde qu'il est un effet ? Est-il séparé où bien indifférencié [du suprême seigneur qui est sa soi-disant cause] ? Si [le monde] est séparé, la prétendue indépendance de ce suprême seigneur créateur de ce [monde] est impossible. Si [le monde comme effet] n'est pas différent [du seigneur comme cause] pourquoi alors [parler de cause et d'effet] » ? Il suggère cette réponse : « Privé de la manifestation suprême [qu'est ce suprême seigneur], il est impossible d'avoir une expérience subjective car nous n'aurions maintenant conscience de rien. Alors, privée de tout appui sur un fondement, l'existence corporelle disparaîtrait. Voilà tout ce qu'on entend lorsqu'on affirme que ce monde est « un effet » : il y a transaction [entre choses] séparées - alors même qu'il n'y a aucune séparation - à cause d'une apparence de séparation du fait même de l'indépendance [du seigneur] semblable à une illusion magique ».

[8] « Si le connaissable était séparé » Si le monde n'est pas séparé [du seigneur], il peut se permettre d'apparaître. Autrement, les affaires de ce monde - comme par exemple prendre et donner - périraient, car elles sont dépourvues de forme/consistance propre.

[9] Il dit « par ce monde » pour lever le doute suivant : « Mais si le monde n'est pas séparé du seigneur suprême, alors fatalement il y a une différence essentielle dans le seigneur suprême à cause de l'apparition actuelle de ce monde essentiellement identique à la manifestation. N'est-il pas en cela masqué à présent ? » -Il faut comprendre au contraire que si il y avait obnubilation de la manifestation nous-mêmes péririons.

[10] « Et par conséquent » Ayant voulu dire que les facteurs tels que l'enseignant etc. sont impuissants en ce qui concerne le seigneur établi antérieurement [à ces facteurs], il veut dire que les moyens de connaissance droites, qui lui sont subordonnés ne peuvent l'établir . C'est pourquoi le fait qu'il est évident par soi est établi par notre expérience.

[11] « En outre » Il veut dire par là que nul moyen de connaissance droite n'est adéquate ici, puisque [le seigneur] est déjà établi en ce sens que c'est la manifestation qu'est la conscience qui elle-même imagine/forge de toutes pièces les moyens de connaissance droite quand aux affaires de ce monde qu'elle anime. Les choses de ce monde, parce qu'elle dépendent de la manifestation suprême, ne peuvent objectiver notre propre soi : comment alors pourraient-elles le prouver ou le réfuter ?

[12] « Quelle peut-être leur utilité ? » Les processus de connaissance valides, qui consistent en la manifestation d'un objet qui ne l'était pas jusqu'alors, reposent en tant que certitudes dans le sujet connaissant. Or la manifestation du sujet connaissant ne peut être interrompue puisqu'il est toujours [déjà] manifesté. C'est donc en lui-même, dans l'intériorité, qu'il expérimente le fruit de touts les processus de connaissance. Dés lors, comment une apparence inédite pourrait-elle être adéquate ? Et où donc le résultat de ce processus cognitif irait-il reposer ? C'est pourquoi les moyens de connaissance valide sont adéquates pour les objets tels que les sentiments, les perceptions, les sensations ou le corps, mais pas pour le seigneur suprême qui est l'âme de ces moyens de connaissance valide. C'est ce qu'affirme Utpaladeva :

                Les moyens de connaissance valide sont l'âme des choses.

                Eux-même sont animés par le seigneur suprême.

[13] La « totalité des sons » signifie que la série des lettres de « a » à « ha », embryon de toutes les choses de ce monde, en forme de repos dans l'indépendance puisqu'elle n'est incitée par rien d'extérieur, se représente parfaitement ce qu'elle est sous la forme suivante « La manifestation de ce qui se manifeste, c'est moi ». C'est elle l'essence sans défaut des choses dont elle est la cause.

[14] « Les trente-six catégories » sont les catégories de choses.  Une catégorie est ce qui apparaît un et indivis comme les différentes séries de consonnes, de même que les montagnes les arbres les villes etc., les fleuves et les rivières, la terre etc. [appartiennent à la catégorie "être"].

[15] « La catégorie ®iva » est la beauté de cet espace infini orné des innombrables reflets/apparences de création, subsistance et destruction à l'intérieur de la masse de toutes les catégories. Il transcende toutes les catégories, il est le ravissement de l'évidence du « je » parfait à l'intérieur de tous les sujets connaissant.

[16] La catégorie de la « Puissance » est la représentation transcendante « je ». Elle a pour cause l'accroissement de l'expérience de la béatitude suprême, un désir de se manifester « à l'extérieur » qui procède de la grandeur de l'indépendance propre à ce [suprême seigneur].

[17] Lorsque le suprême seigneur, substrat de pure conscience, manifeste un aspect « je » et un aspect « cela », alors c'est la catégorie « Eternel ®iva », où prédomine le désir [de manifester et non ce que le seigneur désir manifester, à savoir le monde] puisque [celui-ci] n'est pas distinctement manifesté, en ce sens que l'objectivité n'est alors que la totalité des choses forgées [par le seigneur] dont la variété est alors sur le point d'apparaître.

[18] Lorsque l'aspect « cela » est distinctement manifesté et que l'aspect « je » demeure, c'est alors la catégorie du « Seigneur » dans laquelle prédomine la puissance de connaître.

 

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