Le Shivaïsme du Cachemire
 
 
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Tantrisme et musique

"Si, joyeusement excité à l'audition de sons mélodieux et expressifs d'instruments comme la vînâ, la flûte ou le chant, il ne demeure plus que le son (à l'état pur), alors la conscience vibrante fulgure et efface les circonstances environnantes; libéré de leur emprise, on atteint la complète libération".

Cinq stances sur les objets des sens

De nombreux tantras mentionnent la musique et la danse comme moyens d'expression du sacré.
 
De plus, Abhinavagupta est l'auteur du plus ancien commentaire connu au Nâtyashâstra, qui est le traité de référence en matière de théatre, de musique et de danse.
 
Sur l'image ci-contre, on peut voir la déesse Sarasvatî,

personnification de la conscience omnisciente et patronne des arts. Selon l'iconographie des textes de la tradition d'Abhinava, Sarasvatî est identique à Parâ, la déesse "Suprême". Blanche comme la lune et transparente comme le cristal, elle tient de son bras inférieur droit un manuscrit contenant l'enseignement de la Reconnaissance, tout en faisant le geste de la conscience (cinmudrâ), le pouce et l'index se rejoignants. De ses deux autres bras (il en manque un ici !), elle joue de la vînâ "à une seule corde" (ekatantrî), la forme sans doute la plus ancienne de la vînâ. Sur cet instrument à corde pincées, on fait varier la hauteur de la note avec un bâton de métal ou de quelqu'autre matériau précieux, en le faisant simplement glisser, sans même toucher le tube. Cette technique, que l'on retrouve avec la vicitra vînâ moderne, permet de grands mouvements arrondis (glissandi), typiques du chant classique indien.

Cette musique sacrée s'est perpétuée au Moyen-Âge avec le genre Dhrupad. La vînâ s'est modifiée peu à peu : une nouvelle forme de vînâ, comportant vint-quatre frettes et plusieurs cordes de jeux, ainsi que plusieurs cordes rythmiques, est apparue vers le quatorzième siècle. En voie d'extinction vers la fin du XXième siècle, elle fût sauvée de la disparition pure et simple par Zia Mohiuddin Dagar, qui malheureusement décéda en 1990. Son fils, ainsi que Philippe Bruguière perpétuent sa musique, tout en lui imprimant leur marque propre. Philippe Bruguière est également l'auteur d'un excellent site sur cet instrument et sa musique : www.rudravina.com

Voici, enfin, quelque liens vers des enregistrements de rudra vînâ, de qualité assez médiocre malheureusement. Mais d'excellents enregistrements sont audibles sur le site mentionné ci-dessus où bien sur disques.

Cette musique, à la fois sobre et sensuelle, recherche le maximum d'effets avec le minimum de moyens. Son style résolument contemplatif veut exprimer directement les émotions ressenties. La musique est entièrement improvisée sur l'instant. L'instrument n'est ici accompagné que par la tampurâ, autre instrument à corde trés simple créant une sorte de fond sonore dans lequel les notes de la Vinâ surgissent comme autant de vagues.

Tout d'abord, un râga du matin. Un râga est plus qu'un simple thème : c'est une véritable entité musicale. Cependant, c'est aussi un thème pictural. Ainsi Lalit décrit-elle (car les râgas ont un sexe !) la tristesse d'une amante quittée à l'aube par son bien-aimé :

Lalit Alap (777 kb/sec)

Todî, quant à elle, est la description d'une jeune femme jouant de la vînâ en pleine nature. Ses sons mélodieux attirent les gazelles...:

Todi Alap (777kb/sec)

Todi Alâp (56 kb/sec)

Todi II (56kb/sec)